Voyages en train de marchandises : mon expérience


1er train (Aguascalientes – Torreón)

Arrivée à Aguascalientes au Mexique avec un idée un peu folle : voyager à bord d’un train de marchandises. Je remonte les rails jusqu’à la gare de départ. Sur place, un manchot abimé par les addictions me raconte comment il a perdu son bras en tombant d’un wagon… ambiance ! Je fais aussi la connaissance de 3 gars du Honduras, un poil plus fiables. Ils vont vers le nord comme moi, nous partirons donc ensemble !

Les deux compères attendent le train
Attente avant le départ

Trouver le bon convoi

On attend la combinaison parfaite : un train avec 2 locomotives (longue distance) et un code inscrit sur les locomotives commençant par le chiffre 3 (direction nord). Les heures passent… on se repose à l’ombre, quand tout à coup c’est le moment, notre train part !

On saute dessus sans trop de difficulté et on se retrouve derrière des conteneurs, parfait pour installer une petite toile pour être à l’ombre.

Un mot d’ordre à bord : le lâcher-prise. On sait que le train transite par Torreón, mais on ne sait pas si le voyage va durer 4 ou 8h. Le convoi s’arrête régulièrement au milieu de nulle part, parfois 5 min, d’autres fois près d’1h.

Les gars sont vraiment à l’arrache et n’ont pas prévu d’eau ; on se partage donc ma gourde à 4. On profitera malgré tout d’un arrêt dans les vignes pour faire le plein de raisins et se réhydrater.

Le chef de tribu

Sauts du train en marche

Sur un coup de tête, deux d’entre eux décident de sauter à la prochaine ville pour faire la manche. Ils tentent de me convaincre de les suivre car ma tête de gringo fera selon eux bondir notre « chiffre d’affaire ».

Le train roule trop vite pour sauter, ils tirent donc sur une tige en métal pour activer les freins et faire ralentir le convoi. Puis, sur un « Vamos Mexico !! », leur silhouette disparaît alors que je continue vers Torreón avec le troisième compagnon d’aventure…

Les deux honduriens
Nous 3 sur le train

2ème train (Torréon – Chihuahua)

Et nous voici sur le deuxième train, qui aurait bien pu être celui de trop…

Arrivée à l’aube à Torreón, l’amigo du premier train me fait rencontrer d’autres honduriens et nous passons la journée à boire des coups non loin des convois.

On dort sur les rails en attente du deuxième train
Repos bien mérité à l’arrivée du premier train

Mon ami d’aventure reste sur place mais me présente un autre voyageur du Honduras qui vise Chihuahua. Nous partirons à deux et je suis rassuré de ne pas sauter seul sur le prochain train.

Alors qu’on trinque à la « villageoise », on nous prévient que notre ticket pour Chihuahua est en train de partir, c’est la panique !! On chope un taxi et on fonce pour rattraper le train ; on sort en vitesse et c’est parti pour taper notre meilleur sprint direction le dernier wagon !

Une poutre bien trop étroite

On y monte avec bien plus de difficultés que sur le premier train et nous voilà assis sur une poutre de quelques centimètres… le reste n’est que vide, le sol défile sous nos yeux et on a à peine de quoi poser nos pieds sur les étriers de frein… la situation est critique ! Je regarde mon nouvel ami – en sueur, faisant des signes de croix frénétiquement…

Il me dit que ça va le faire si et seulement si on arrive à rester éveillés jusqu’à Chihuahua.

Le truc c’est que j’ai déjà à peine dormi à cause du premier train, qu’on était pas fâché avec la villageoise l’après-midi et que le trajet de 8h se fera de nuit… autant dire que je tiendrai jamais éveillé ! (Je n’imagine pas à ce moment-là qu’il aurait juste fallu descendre au prochain arrêt 1h plus tard).

On doit trouver une solution. On saute ? Non, il va déjà trop vite. On s’attache le buste à des points fixes ? Trop risqué. On tente d’aller sur le wagon d’en face, plus spacieux ? Allez, let’s go !

C’est donc après 1/4 d’heure d’énorme stress coincé sur notre petite poutre qu’on décide de sauter sur l’autre wagon, on aura alors de quoi s’allonger à deux en chien de fusil.

La nuit sur le toit

Comme le premier train, celui-ci s’arrête régulièrement pour des durées plus ou moins longues. Il est environ 2h du matin lorsqu’il se stoppe en périphérie d’une ville. Mon acolyte n’est pas rassuré alors qu’il repère un groupe d’hommes sous un pont, non loin de nous. La règle est simple, aucune source de lumière (téléphone, cigarette, frontale, etc.), on chuchote et on s’installe sans bruit sur le toit, hors de vue du groupe à terre.

Le temps passe, le train toujours arrêté, on admire les étoiles allongé sur le toit, je finis pas m’endormir…

« clac, clac, CLAC, CLAC !! » Un bruit de plus en plus fort me réveille en sursaut ! La locomotive à des kilomètres en amont a redémarré et ce sont les wagons qui se connectent que j’entends. C’est reparti malgré un réveil en panique !

Nous arrivons soleil levant à Chihuahua, c’est la fin d’une des expériences les plus intenses du voyage. Le genre d’expérience enivrante mais trop risquée pour être retentée… C’est donc adios compagnon de route et adios les trains de marchandises, ça sera sans moi la prochaine fois !

Youtube « Voyages à bord de trains de marchandises »

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