Bateau-stop en Amérique du sud : itinéraire et retour d’expérience

Les pays les plus sail-friendly sont : La Colombie, le Brésil, l’Uruguay, l’Argentine et le Chili.

Côte est

Itinéraire est de l'Amérique du sud

En raison de la direction des courants et vents dominants, le tour du continent sud- américain s’effectue généralement dans le sens horaire. Après une transatlantique aller, l’aventure commence souvent au nord du Brésil, point de départ de la longue descente vers la Terre de Feu.

Les navigations en Argentine se feront non sans difficulté puisque le pays est la porte d’entrée des redoutés 40ème rugissants et 50ème hurlants.

Un détour par les îles Falkland (Malouines) sera peut-être l’occasion de faire la rencontre de Jérôme Poncet, aventurier navigateur et acolyte de Gérard Janichon, auteur de « Damien autour du monde ».

Magellan ou cap Horn?

L’archipel de la terre de feu peut être évitée en prenant par le détroit de Magellan (axe séparant le continent de l’archipel de la Terre de Feu).

Ne pas choisir ce raccourci, c’est s’offrir entre autres, une navigation dans le mythique canal de Beagle entre Ushuaïa et Puerto Williams, faire la découverte de Puerto Toro (Chili), « ville » la plus australe au monde, ou encore pour les plus téméraires, c’est l’occasion de doubler le cap Horn, et s’affubler ainsi par tradition maritime, d’un anneau en or du côté où l’île Horn a été laissée lors du passage (et vous pourrez aussi peindre votre maison en rose !)

Passage du Cap Horn à bord de Manamo, un Sunshine 38
Souvenir en main, on passe le cap Horn sur Manamo, un Sunshine 38. De mémoire entre 25 et 35 nœuds de vent sous grand-voile arisée (réduite) et trinquette (petite voile d’avant).
Toute l'équipe sur l'île Horn sauf le capitaine
L’équipage de Manamo (hors capitaine)
Rencontre entre deux équipages
Rencontre entre deux équipages
Les deux bateaux à couple

L’Antarctique

Passage de Drake

On parle ici d’une navigation extrême. Le genre de navigation réservée chaque année, à une poignée de voiliers monocoques en aluminium tant les défis sont importants.

Le passage de Drake

Le passage de Drake est soumis tout d’abord à l’effet venturi entre la Terre de Feu et la péninsule antarctique, ce qui a pour conséquence d’accélérer la vitesse du vent. L’allure de travers ensuite, dû aux vents d’ouest, est connu pour son inconfort et sa gîte comparé aux allures de portant (allure la plus fréquente en navigation transocéanique).

Ce couloir de 800 km habite en plus une mer chaotique du fait d’abord, de la rencontre entre mer profonde et haut plateau, ce qui crée des colonnes d’eau colossales, mais aussi parce qu’il se situe en mer du sud, conséquence de vents et courants parmi les plus puissants de la planète, soufflant principalement à l’ouest et ne rencontrant aucune terre pour freiner la formation de ses vagues.

Ceci étant dit, pour ceux désirant rejoindre la continent blanc à la voile – Patrick (capitaine de feu Manamo) – fait parti de ces rares hommes osant cet exploit chaque année à bord de Tanana.

Côte ouest

Itinéraire ouest de l'Amérique du sud

Les canaux de Patagonie

La remontée des canaux de Patagonie est une étape déroutante de ce tour de l’Amérique du sud tant les paysages rencontrés sont isolés et inexplorés. Environ 2.000 km séparent Ushuaïa de Puerto Montt au nord et il faudra compter souvent au minimum 30 jours de navigation, car il est interdit de se déplacer de nuit dans les canaux.

On s’abritera alors dans les caletas, ces petites criques découpant les côtes de la région. Chaque soir le même rituel : annexe à l’eau, on pose pieds à terre pour y attacher 2 ou 4 amarres à un point fixe. C’est aussi l’occasion pour les rares marins ayant la chance d’avoir un poêle à bord, de partir à la cueillette de bois mort, le tout dans un environnement profondément vierge à l’homme. Avitaillement de Laureline à Puerto Williams avant la remontée des canaux de Patagonie

Rafales et kelp

On trouvera dans ces régions, des vents puissants et imprévisibles notamment dû au williwaw qui viendra titiller les réflexes des navigateurs de la région. La mer démontée présente sous ces latitudes rugira par chance en dehors des canaux ; les marins pourront ainsi évoluer sur une eau plutôt calme par un vent principalement venu du sud, une fois le 50ème parallèle dépassé.

Le kelp – grande sœur de la sargasse – viendra également s’inviter dans les hélices et les safrans, ralentissant ainsi l’embarcation si l’équipage manquait à brandir le coupe-kelp à temps.

Voyager dans cette région est aussi synonyme de moments uniques comme la rencontre avec des orques, baleines à bosses et albatros, ou bien les déplacements minutieux entre les growlers, ces glaçons détachés de ce monstre blanc qui vient se découvrir sous nos yeux ébahis…

Youtube « On navigue entre les glaçons ! »

Manu et moi sur Laureline
Laureline au milieu des growlers

Après un léger passage par l’île de Chiloé, le voyage se termine à Puerto Montt – porte d’entrée (ou de sortie) de la Patagonie chilienne.

Marco et moi hivernage
Hivernage à Puerto Montt de Laureline, un Ovni 44

Note : Mes remerciements vont tout particulièrement au capitaine de Laureline – Emmanuel Gras. Un homme profondément bon, intelligent et humble. Merci Manu !

L’équipier bateau-stoppeur pensait bien laissé la voile de côté pour s’enfoncer dans le continent à pieds, mais c’était sans compter sur la rencontre à Puerto Montt, d’un capitaine français voyageant sur une construction amateure de 38 pieds. Les deux hommes s’apprécient et décident de partager une semaine de navigation en direction de Valparaíso plus au nord.

Magnifique ciel sur la baie de Valparaíso

Mais voilà… le capitaine du Paladin est en retard sur la saison de la transcaraïbe retour et ne veux pas louper le coche. Il tente donc de convaincre son nouveau partenaire de le suivre pour une loooongue traversée d’un mois sans escale, de Valparaíso au Chili à Panama City. Ce dernier décline, cette navigation signerait la fin de l’Amérique du sud au profit de l’Amérique centrale, et c’est encore trop tôt…

Mais voilà, le bateau-stoppeur voyage depuis un petit moment sans le sous et les 15€/ jour qu’il peine à grapiller en vendant ses roses des sables chocolatées ne sont qu’une trop maigre récompense ; et ça, le capitaine l’a bien compris ! (cf. mon expérience des business en voyage)

« Et pour 500€, tu me suis jusqu’au Panama ? »

« Allez, let’s gooo ! »

Moi sur Le Paladin
Le passager clandestin
Le passager clandestin qui nous aura accompagné plusieurs jours

C’est donc après une escale dans un véritable musée à ciel ouvert qu’est la ville de Valparaíso, que les deux compères lèvent l’encre vers le nord, grignotant jours après jours, les 5.500 km les séparant de l’Amérique centrale…

Certes, le Paladin navigue 24h/24, mais bien que dopé par le spi, ses 12 tonnes d’acier ne suffisent pas à dépasser les 4 nœuds de moyenne (7km/h). Les milles défilent donc lentement, la routine s’installe et on apprécie nos discussions philosophiques, bières et cigarettes à la main…

« Hein ?! Comment ça « ON » apprécie les cigarettes ?? » C’était absolument pas dans le plan de base ça, qu’on soit deux à taper dans mes clopes !? J’ai calculé pile pour une personne sur un mois de mer !

Rajoute à ça le capitaine qui ne veux pas partager ses gâteaux sucrés, je sens que la dernière semaine va être tendue…! Et ce ne sont sûrement pas les pêcheurs péruviens qui vont me détendre là-dessus, bien au contraire…

4h du matin, Thomas dort et je suis de quart. Nous avons affalé le spi pour la nuit et profitons d’un confortable 15 nœuds de vent arrière sous GV et génois. Les 3h de quart oscillent entre se perdre dans le ciel illuminé de milliers d’étoiles invisibles à terre, ou tenter de régler ce foutu régulateur d’allure qui ne veut pas filer droit… ! Tout à coup, Paladin freine brusquement et change de cap ! Le génois fasseye jusqu’à venir se coincer en cocotier dans l’étai. Ni une ni deux, je cours à l’étrave, les deux pieds sur le balcon et essaie tant bien que mal de libérer la voile.

Cette navigation qui, jusque-là était pacifique, se transforme alors en quelques secondes, en une invitation claire à rencontrer la redoutée faucheuse. La situation est critique, Paladin est piégés dans des filets de pêche (non signalés) et je suis pieds nus, perché sur un tube en inox en train d’essayer de décoincer le génois flottant dangereusement au-dessus des creux. (Note à moi-même pour plus tard : toujours s’équiper avant de foncer tête baissée).

On finit par se dépêtrer de tout ce merd*** avec au passage, un bout coincé dans l’hélice nous obligeant à plonger quelques jours plus tard.

C’est donc après 1 mois de mer que nous arrivons enfin à Panama City, l’occasion de faire une pause bien méritée à base de Snickers, cigarettes et bière, le tout surfant cette fois non pas sur l’élément aussi dangereux que fascinant qui fut notre quotidien des dernières semaines, mais belle et bien sur un tout autre quotidien de nous autres surfeurs terriens : l’internet…

Youtube « 5.500km à 7km/h de moyenne »

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