Des 19 pays traversés en stop depuis 2012, je n’ai jamais été confronté à autant de difficultés. Il est presque impossible de faire du stop (en 2019) dans l’extrême sud-ouest des États-Unis, et je n’ai pu grappiller qu’un maigre 300 km sur plusieurs semaines de stop actif et passif.
De la frontière mexicaine à la Sierra Nevada
C’est le grand jour ! Depuis le nord du Mexique, j’ai choisi un petit poste de frontière de l’ouest (San Luis Rio Colorado) pour entrer dans le pays de ce nouveau peuple si particulier.
La garde-frontière me questionne sur mes revenus, je balbutie un « euh… captains pays me to sail with them ! » (alors qu’il ne me reste que 5€ des derniers papillons vendus à Chihuahua (cf. Business en voyage : mon expérience).
Sponsorship?
Yeeeah sponsorship… !!
Frontière passée et pression retombée, j’ai tout juste le temps de lever le pouce qu’un policier américain débarque en trombe. Photo, check passeport et communication radio avec ses collègues ; je suis prévenu, les 1.000 km qui me séparent de la Sierra Nevada ne vont pas être simples !
Je sors de cette première ville de Yuma (Arizona) par une chaleur étouffante, mais le stop en périphérie ne fonctionne pas mieux. Un bus finit par s’arrêter après m’avoir vu galérer pendant 2h, je demande au chauffeur s’il connait un lieu où passer la nuit gratuitement.
La mission : drogué ou clean ?
Il me dépose à la mission de la ville suivante… J’entre alors dans un centre où l’on m’annonce deux règles :
« T’es drogué ? Tu peux manger ici mais tu dors dehors, »
« T’es clean ? Tu peux manger et dormir ici. »
Rapide test urinaire, me voilà au chaud, matelas dans un couloir, en train d’écouter un gars me dédramatiser la consommation de meth… Pas de doute, on est bien aux USA !
Les jours passent et les difficultés à faire du stop me démoralisent. Les moments les plus agaçants sont quand certains m’affirment qu’ils repasseront me chercher après avoir fait une rapide course. Naïf que je suis, je les attends alors des heures durant…
« No loitering »
Le stop actif (aller à la rencontre des automobilistes) est très compliqué aux USA puisque la plupart des stations-services indiquent « no loitering » (interdiction de flâner) et il n’y a alors aucun moyen de négocier, c’est dehors tout de suite !
Slab City, « the last free place on earth »
J’atteins tout de même mon premier but : la communauté hippie de Slab City en sud Californie. « The last free place on earth » comme ils l’appellent n’est finalement un lieu pas si libre puisque ses libertariens doivent garder continuellement leur habitat pour éviter le vol des voisins. Un grand merci toutefois à MamaD pour m’avoir accueilli dans sa cabane une semaine durant !

Nuits dans un gymnase
Je quitte la communauté, et me voilà face à une nouvelle mission pour passer la nuit. Cette fois-là, drogué ou pas drogué, tu peux manger et dormir ici gratuitement !
Quelle belle preuve d’ouverture d’esprit me direz-vous ? Ouais mais sauf que dans les faits, ça veut dire essayer de s’endormir dans un gymnase au beau milieu de tweakers qui ne pourront pas avoir leur dose avant 8h le lendemain ! « Ok, restons ici le moins de temps possible, dès demain je retente le stop… »
C’est l’heure du dîner, et c’est à 17h ici… je me porte exceptionnellement volontaire au nettoyage du self pour profiter d’un deuxième repas ; sauf qu’au moment de me resservir, je déplace une assiette pleine et là… un mexicain me tombe dessus, rouge de rage !
Moi, paniqué et bégayant, il comprend vite que je ne suis pas de là. Il m’explique alors que, comme en prison, il est très malvenu de toucher l’assiette de quiconque dans ce genre de centre pour vagabonds, c’est la règle d’or.
La politique derrière le self
Bien que nous soyons en Californie, l’état s’investit toujours très peu dans le social (même s’il est possible de se faire soigner gratuitement dans cet état). C’est donc souvent le privé qui prend le relais et les petites villes tirent particulièrement avantage d’un esprit communautaire très fort et souvent généreux. On pouvait par exemple voir inscrit en dorée partout dans le self du refuge « table offerte par M. et Mme X », etc.
Bloqué à 700 km du but
Voilà une bonne semaine que je suis dans ce centre et 700 km me séparent toujours de mon but : la Sierra Nevada. Déprimé après trois jours complets de refus de stop actif et passif, je suis littéralement bloqué dans un vortex et ne sais plus comment avancer… L’option manche au feu rouge n’a pas fonctionné et l’on m’a évidemment refusé dans une boîte d’intérim (faute de visa travail). Je suis donc coincé entre internet la journée à l’extérieur d’Applebee’s, et le retour à 17h dans le gymnase du centre…
« Tiens ! qui m’appelle ? Ne serait-ce pas mon ami Max ?! » (cf. Propositions indécentes en stop : mon expérience). On raccroche, et mes amis Maxime Gourraud et Antoine Jarry m’offrent le ticket de bus pour mon but tant convoité… North San Juan !!!




